ENSEMBLE MÊTIS
L’ŒIL ET L’OREILLE
Quatre œuvres contrastées invitent le public à voir le son autant qu’à l’entendre, tout en explorant les liens entre musique, cinéma, résonance, couleur, mouvement et espace.
PROGRAMME
Gérard Pesson
Études pour piano (2026), 15 min
Zosha di Castri
Sprung Testament (2017), 13 min
Pour violon et piano
Edvin Ljubijankic
La Chute de la maison Usher (2025), 5 min [Cine-concert]
Pour violon et piano
Karlheinz Stockhausen
Kontakte (1979), 33 min
Pour piano, percussion et bande
Performers
Solistes de l'Ensemble Mêtis
Stéphanos Thomopoulos: piano
Clarissa Severo De Borba: percussion
Violaine Darmon: violin
Total duration: 70 min
L’ŒIL ET L’OREILLE
Le titre de ce concert désigne avant tout une manière d’être attentif. Certaines musiques sollicitent l’écoute comme d’autres œuvres sollicitent le regard : elles font apparaître des couleurs, des mouvements, des plans et des espaces. Lorsque la musique rencontre le cinéma, ce rapport entre l’œil et l’oreille devient explicite. Ailleurs, il demeure une invitation à percevoir ce qui se transforme, se prolonge ou se dissimule à l’intérieur du son.
Les quatre œuvres de ce programme proposent ainsi quatre expériences très différentes : explorer les résonances du piano avec Gérard Pesson, renouveler le dialogue du violon et du piano avec Zosha Di Castri, mettre une création musicale en regard des images de Jean Epstein, puis pénétrer, avec Karlheinz Stockhausen, dans un espace où sons électroniques et instruments acoustiques forment un même univers en mouvement.
ŒUVRES
Études pour piano (2026), 15 min
L’une des figures majeures de la création musicale française actuelle, Gérard Pesson développe une écriture immédiatement reconnaissable, faite de mémoire, de détournements, de citations et d’une attention extrême portée aux détails du son.
Commandées par l’Ensemble Métis et dédiées à Stéphanos Thomopoulos, ses six Études pour piano ont été créées par leur dédicataire à l’Opéra national de Grèce, à Athènes.
À l’instar des grands recueils d’études de Chopin, Liszt ou Debussy, chacune d’elles aborde un aspect particulier de la technique et de l’écriture pianistiques : Étude-bourdon, Pour les notes répétées, Pour les accords, Pour les graves, En nuage et En ruban. Mais Pesson porte sur le genre son regard singulier : décalé, truffé de références et de réminiscences, parfois malicieux, toujours profondément personnel. Le matériau technique n’est jamais une fin en soi. Il devient le point de départ d’un jeu avec la mémoire du piano et avec les habitudes de notre écoute.
La pédale tonale — et, avec elle, la résonance de l’instrument — joue dans ce cycle un rôle essentiel. Il faut tendre l’oreille vers ce qui demeure après l’attaque : les harmoniques qui se rencontrent, les couleurs qui apparaissent puis s’évanouissent, les sonorités presque imperceptibles qui naissent entre deux événements.
On présente souvent Gérard Pesson comme un compositeur du silence. Il serait peut-être plus juste de dire qu’il fait vivre la musique dans ce que nous pensions être le silence : dans les intervalles, les prolongements et les traces laissées par les sons. Entre les notes éclot ainsi tout un monde de couleurs subtiles.
Sprung Testament (2017), 13 min
Pour violon et piano
Avec Sprung Testament, la compositrice canadienne Zosha Di Castri inscrit elle aussi son œuvre dans un dialogue avec l’histoire musicale. La pièce fut conçue comme une œuvre sœur de la Sonate « Le Printemps » de Beethoven. Son titre rapproche l’élan du printemps — spring en anglais — du Testament de Heiligenstadt, lettre dans laquelle Beethoven confiait son désespoir face à la surdité, mais aussi sa résolution de surmonter l’épreuve pour accomplir son œuvre.
Sprung Testament prend la forme d’une sonate atypique en trois mouvements pour violon et piano. Le premier, très développé, déploie une matière foisonnante, riche en transformations et en contrastes. Le deuxième ouvre un espace lent et contemplatif, avant de conduire à un puissant sommet dramatique qui constitue le point culminant de l’ensemble. Le troisième, beaucoup plus bref, libère une énergie joueuse et bondissante.
À partir d’une écriture instrumentale précisément notée, Di Castri élargit les possibilités habituelles du duo. Elle emploie plusieurs techniques étendues du piano et introduit deux instruments de percussion, le flexatone et le vibraslap, qui enrichissent encore la palette sonore de l’œuvre.
Il en résulte une partition pleine de couleurs, d’impulsions et de rythmes. Par son énergie physique, ses accentuations et la vivacité des échanges entre les deux instruments, elle peut parfois évoquer l’univers des danses bartókiennes.
Edvin Ljubijankic
La Chute de la maison Usher (2025), 5 min [Cine-concert]
Pour violon et piano
Jeune compositeur sélectionné pour participer à la NIMAcademy 2026, Edvin Ljubijankic y a développé cette nouvelle partition sous la tutelle de Peyman Yazdanian. Cette académie internationale de composition, organisée sur une période de six mois, invite de jeunes artistes à explorer les relations entre la musique contemporaine et l’image en mouvement, en abordant notamment les questions de forme, de dramaturgie, de synchronisation et d’écriture instrumentale propres au ciné-concert.
Écrite pour violon et piano, La Chute de la maison Usher accompagne un extrait du film muet réalisé en 1928 par Jean Epstein. Sa création constitue l’aboutissement d’un travail mené en dialogue avec le tuteur et les interprètes de l’Ensemble Métis.
Pour son adaptation, Epstein ne s’inspire pas seulement de la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe : il lui associe certains éléments du Portrait ovale, notamment le motif de l’artiste qui, en peignant l’être aimé, semble transférer sa vie dans son œuvre.
Le cinéaste transpose l’atmosphère fantastique de Poe par des moyens proprement cinématographiques. Le ralenti, les surimpressions, la mobilité de la caméra, le travail du montage et les décors volontairement irréalistes troublent notre perception habituelle du temps et de l’espace. Le récit prend alors la forme d’une rêverie visuelle, mystérieuse et oppressante.
La partition d’Edvin Ljubijankic met le violon et le piano en regard de cet univers. Elle instaure une rencontre nouvelle entre des images réalisées il y a près d’un siècle et la présence immédiate des deux musiciens sur scène : entre le temps fixé du film et le temps vivant de l’interprétation.
Kontakte (1979), 33 min
Pour piano, percussion et bande
Au cœur du programme, Kontakte de Karlheinz Stockhausen est l’une des œuvres majeures de l’avant-garde musicale de l’après-guerre. Composée entre 1958 et 1960, elle constitue un monument qui a profondément renouvelé la conception du timbre, du temps et de l’espace sonores.
Dans sa version pour sons électroniques, piano et percussion, deux instrumentistes jouent en direct avec une partie électronique préalablement composée et enregistrée. Le titre, « Contacts », désigne d’abord les rencontres qui se nouent entre les sons électroniques et les instruments acoustiques. Mais ces contacts se produisent à tous les niveaux : entre les hauteurs et les rythmes, entre les timbres du piano et ceux des percussions, entre le son continu et l’impulsion, entre ce qui est joué sur scène et ce qui est projeté par les haut-parleurs.
La réalisation de l’œuvre représente un défi considérable. La partie électronique suit son propre déroulement temporel, qui ne peut ni attendre ni s’adapter. Les interprètes doivent donc y inscrire leurs interventions avec une extrême précision, tout en préservant la sensation d’une matière sonore vivante, mobile et spontanée. La partie enregistrée n’est ni un accompagnement ni un décor : elle constitue un véritable partenaire avec lequel le piano et la percussion entretiennent un dialogue permanent.
Stockhausen travaille également sur la circulation du son dans l’espace. Un événement peut sembler se déplacer autour de l’auditeur, se rapprocher, s’éloigner ou changer soudainement de nature. Une hauteur électronique se transforme en pulsation ; un timbre synthétique paraît se prolonger dans une percussion ; une attaque du piano semble surgir de la partie enregistrée. Les frontières entre l’acoustique et l’électronique deviennent progressivement incertaines.
L’écoute acquiert alors une dimension presque visuelle : elle suit des trajectoires, distingue des plans, perçoit des volumes et traverse une architecture sonore en mouvement.
Des résonances secrètes des Études de Pesson à l’immense construction de Kontakte, L’Œil et l’Oreille invite ainsi le public à observer le son autant qu’à l’écouter — et à découvrir les couleurs, les mouvements et les espaces que la musique peut faire naître en nous.
BIOPGRAPHIES
Clarissa Severo De Borba — Percussion
Clarissa Severo de Borba commence ses études de percussion à l'Université Fédérale de Santa Maria / Brésil avec Ney Rosauro, puis avec Mark Ford et Christopher Deane à l'Université de East Caroline / Usa où elle obtient un Master en Percussion.
En 2002, elle obtient le Doctorat en Percussion à l'Université de Miami / USA, où elle est aussi enseignante et Directrice de l’Ensemble de Percussions. Parallèlement, elle suit les cours de composition et d’analyse musicale et s'intéresse particulièrement à la recherche sonore et le développement des «extended techniques» pour les instruments de percussion.
Clarissa a participé à de nombreuses créations, au Brésil - notamment dans le projet de création contemporaine du Mercosur (oeuvres de Frederico Richter, Lindembergue Cardoso, Ney Rosauro), aux Etats-Unis - œuvres pour percussion solo de John Van der Slice, Dennis Kam et Christopher Deane et en Europe (concerts en Espagne, France, Belgique en solo et avec le duo The QuB).
Sa pièce pour vibraphone et traitement sonore Floating Tones a été choisie par le Label Hypnos Records/ USA pour figurer entre autres 10 pièces de musique expérimentale dans l’album Echoes of Polyhymnia.
Très attirée par la musique classique contemporaine, Clarissa fait un travail approfondi sur le rôle de la percussion dans la création et sur les méthodes et techniques pour arriver à une utilisation optimale de ces instruments dans un ensemble.
Elle est à l’origine du projet d’improvisation libre / son et vidéo Anatomie d’Un Instant avec Olivier Benoit et Santiago Quintans.
Clarissa Severo de Borba est actuellement professeur de percussions au Conservatoire de Cholet et au Conservatoire du Mans et se produit régulièrement dans des ensembles à géométrie variable en France et à l’étranger.
Soliste invitée par l’orchestra Unisinos de Porto Alegre/Brésil et par l’Université de Rio de Janeiro, elle fera la création du Concerto for Vibraphone and Strings de Santiago Quintans en Octobre 2012.
Stéphanos Thomopoiulos – Piano
Tout au long de son parcours, avec ses choix et ses démarches, Stéphanos Thomopoulos devient un véritable expérimentateur du piano. À côté de son attachement au grand répertoire et à ses compositeurs de prédilection tels Beethoven, Ravel, ou Liszt il n’hésite pas à s’embarquer dans toute aventure artistique susceptible de satisfaire et mener plus loin encore, sa quête du nouveau : répertoires originaux, musique contemporaine, recherche universitaire, théâtre, arts plastiques, projets pédagogiques, instruments historiques, toute rencontre capable de donner naissance à des expériences hybrides l’intéresse.
Après avoir étudié au Conservatoire national de Thessalonique en Grèce et à la Musikhochschule de Cologne en Allemagne, Stéphanos Thomopoulos est admis au CNSM de Paris dans les classes de Jacques Rouvier et Marie Françoise Bucquet, puis au Conservatoire d’Amsterdam dans la classe de Hakon Austbø. Il se perfectionne pendant deux ans auprès d’Aldo Ciccolini.
Lauréat de concours internationaux et sélectionné par les fondations Blüthner, Yamaha et Kempff, Stephanos Thomopoulos se produit dans des lieux prestigieux comme la Philharmonie, l’Ircam, la salle Gaveau, le Musée d’Orsay et le Musée du Louvre à Paris, le Concertgebouw d’Amsterdam, l’opéra Garnier de Monaco, l’Alti Hall de Kyoto, ou encore le Mégaron et l’Opéra National d’Athènes ou le Théâtre Antique d’Epidaure. Il est régulièrement invité à jouer avec les orchestres nationaux de Belgrade, Odessa, Chypre, l’Orchestre de Chambre Néerlandais, l’Orchestre de l’Opéra du Caire, l’Orchestre de l’Opéra de Nice et tous les grands orchestres grecs.
Parmi ses partenaires, on peut citer le Quatuor Arditti, Patrice Fontanarosa, Loïc Schneider, Anne Queffelec ou Shani Diluka, alors qu’il collabore et crée des œuvres des compositeurs comme Gérard Pesson, Marc Monnet, Giorgos Koumendakis, Francesco Filidei, Tristan Murail, Jean Luc Hervé, Alireza Farhang, Patrick Marcland, Marco Momi, Alessio Silvestrin. Il joue avec les ensembles Itinéraire, Bloom, Kyklos, Inicia, Mêtis.
Stéphanos Thomopoulos est le premier pianiste en France à réaliser un Doctorat d’Interprète au CNSM sous la direction de Gérard Pesson. Ce travail de recherche l’amène à donner des concerts et à participer à des conférences autour de Xenakis, ainsi qu’à participer à l’ouvrage collectif « Performing Xenakis » aux cotés de personnalités telles que Milan Kundera, Michel Tabachnik et Irvine Arditti. (Pendragon Press). Il fait la préface pour la réédition des œuvres pour piano de Iannis Xenakis aux éditions Salabert.
Stéphanos Thomopoulos est professeur et coordinateur du département de piano au Conservatoire de Nice. Il est invité à donner des masterclasses dans le cadre du Printemps des Arts à Monaco, l’Académie Musicalta en France, le Music Village en Grèce, au Festival Boya en Chine.
Violaine Darmon – Violin
Née en 1990, Violaine Darmon étudie au Conservatoire National de Région de Nancy où elle obtient à l'âge de douze ans ses prix de violon et de musique de chambre à l'unanimité dans la classe de Marthe Tercieux. Elle est admise au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et y obtient en 2009 ses prix de violon et de musique de chambre dans les classes de Michael Hentz et Daria Hovora. Elle étudie également avec des maîtres tels que Bruno Pasquier, Michel Moragues, Roland Pidoux, Marc Coppey, Théodore Paraschivesco... Elle se perfectionne ensuite à la Schuola Musicale di Fiesole dans la classe de préparation aux concours internationaux de Pavel Vernikov.
Violaine se consacre également à la littérature et devient à 18 ans lauréate du Concours du Premier Roman en ligne des éditions Le Manuscrit.
En 2012, elle remporte le poste de violon solo de l'Orchestre Philharmonique de Nice. Elle voue un intérêt particulier à la musique de chambre, et notamment à la musique baroque et contemporaine. Elle se produit depuis 2016 à la tête de l'Orchestre de Chambre du Philharmonique de Nice et y développe plusieurs spectacles mêlant musique et imaginaire, à destination du jeune public. Violaine est lauréate de plusieurs concours internationaux : 1er prix du Concours International de violon Joseph Canetti, 2e prix et prix du public du Concours International de Cordes de Gérardmer, 1er prix du Concours International Johannes Brahms
