
Solists de l'ENSEMBLE MÊTIS / Spectro Duo
ENTRE SOUFFLE ET TOUCHER
PROGRAMME
Nadir Vassena (Ch), C ome perduto nel mare un bambino (1999), 5', pour flûte alto
Philip Glass (Us), Études n° 2, 6 et 13 , 10', pour piano
Toshio Hosokawa (Jp), KURODA-BUSHI * * (2023), 3'pour flûte alto
Iradj Sahbai (Fr/Ir), Élégie-mémoire (2018), 6', pour flûte alto
Pierre Jodlowski (Fr/Pl), Série bleue (2013), 14', pour piano et électronique
––– ENTRACTE –––
Negar Gharibi *** (États-Unis/Ir) / Hanna Mesgari *** (Fr/Ir) Doran * (2024), 5', pour flûte, voix et électronique
Marin Marais (Fr), Les Folies d'Espagne, (1701), 10', pour flûte
Claude Debussy (Fr), Syrinx, 3', pour flûte
Doina Rotaru (Ro), Crystals (2002), 12', pour flûte et piano
*Création mondiale | **Création française | ***Composée dans le cadre de l'académie Horizon Étendu
DURÉE
66 Minutes
Ce concert célèbre la richesse et la diversité du répertoire contemporain et moderne pour flûte et piano, porté par deux interprètes d’exception : Mario Caroli et Stefanos Thomopoulos. À travers un programme qui traverse les époques et les esthétiques, cette soirée tisse un dialogue entre tradition et modernité, entre souffle et toucher.
L’exploration sonore débute avec des pièces emblématiques du répertoire pour flûte, telles que Syrinx de Claude Debussy et Les Folies d’Espagne de Marin Marais, qui résonnent comme des échos intemporels du passé. Ces œuvres, revisitées par la sensibilité contemporaine, s’inscrivent aux côtés des Études de Philip Glass, où la répétition et la variation minimalistes sculptent un paysage sonore en perpétuel mouvement.
L’interculturalité traverse l’ensemble du programme. Toshio Hosokawa, dans Kuroda-Bushi, transforme un chant folklorique japonais en une méditation sonore pour flûte alto. Iradj Sahbai, avec Élégie-mémoire, tisse des liens subtils entre la tradition persane et l’esthétique occidentale. Doina Rotaru, quant à elle, façonne dans Crystals un univers où la flûte et le piano s’entrelacent en une matière sonore cristalline et organique.
L’électronique vient enrichir cette exploration musicale, notamment avec Série bleue de Pierre Jodlowski, où la puissance du piano dialogue avec des textures immersives. Ce concert met également en lumière la création contemporaine avec Doran (2024), œuvre issue de l’Académie Horizon Étendu et signée par Negar Gharibi et Hanna Mesgari. Inspirée des poèmes du grand poète iranien Shafiei Kadkani, cette pièce pour flûte, voix et électronique transcende le texte dans un espace sonore envoûtant.
En traversant ces paysages musicaux contrastés, Entre Souffle et Toucher invite à une expérience singulière où chaque note devient un pont entre les cultures et les époques, offrant ainsi une immersion dans la richesse des langages musicaux d’hier et d’aujourd’hui.
Nadir Vassena – Come perduto nel mare
Come perduto nel mare est une méditation poignante sur la perte et la vulnérabilité. L’œuvre évoque l’image d’un enfant dérivant au gré des flots infinis — une métaphore de l’innocence abandonnée face à l’immensité de l’inconnu.
Le langage sonore de Vassena se déploie en textures délicates et fragmentées, où les sons surgissent et s’évanouissent comme des échos lointains portés par le vent. Le silence prend une place essentielle, sculptant une tension fragile entre le plein et le vide. Techniques étendues et gestes subtils évoquent le ressac des vagues et la sensation d’apesanteur liée à l’égarement, plongeant l’auditeur dans un espace où le temps semble suspendu.
L’œuvre invite à une introspection profonde, explorant les frontières entre la présence et l’absence, la mémoire et l’oubli.
Philip Glass — Les Études
Les Études de Philip Glass sont une véritable exploration de son langage musical, à la fois hypnotique et profondément expressif. Composées entre 1994 et 2012, ces pièces ne sont pas seulement des exercices techniques pour le pianiste, mais aussi des voyages introspectifs où le rythme, l’harmonie et la mélodie s’entrelacent dans une pulsation organique.
Chaque étude possède sa propre couleur :
Étude n°2 dévoile une énergie obstinée, propulsée par des motifs répétitifs et des variations progressives.
Étude n°6 explore une atmosphère plus méditative, jouant sur des harmonies suspendues et une douceur contemplative.
Étude n°9 introduit une tension plus dramatique, portée par des arpèges rapides et une dynamique intense.
Étude n°13 révèle une écriture plus lyrique, presque chantée, où la ligne mélodique s’élève au-dessus d’un flux harmonique en perpétuel mouvement.
À travers ces pièces, Glass conjugue rigueur minimaliste et liberté émotionnelle, créant une musique à la fois répétitive et en constante transformation. Les Études témoignent de son désir d’allier virtuosité pianistique et quête d’une beauté épurée, offrant ainsi à l’auditeur une immersion dans son monde sonore vibrant et intemporel.
Iradj Sahbai — Élégie-mémoire
Composée en 2018, Élégie-mémoire pour flûte alto est une œuvre profondément introspective et émotive, qui explore la relation entre la mémoire et l’oubli à travers un langage sonore riche et nuancé. Le titre même de l’œuvre, « Élégie », évoque la mélancolie, le deuil et la réflexion, tandis que le mot « mémoire » nous plonge dans un voyage temporel, où chaque son est un souvenir qui s’effrite ou s’élargit.
À travers une écriture subtilement complexe, Sahbai invite l’interprète à faire surgir des atmosphères où se mêlent l’intime et le collectif, la douleur et l’espoir. L’œuvre se caractérise par des changements de registre, des nuances infiniment délicates et des jeux de respiration qui, ensemble, génèrent une tension émotive croissante. Les techniques étendues de la flûte alto sont utilisées de manière à accentuer le caractère fragile et presque éthéré de la musique, permettant à l’instrument de devenir un véritable vecteur de pensée, oscillant entre l’invisible et le palpable.
Élégie-mémoire est à la fois une méditation sur le passage du temps et une quête de sens, où l’impermanence de l’existence se reflète dans la fluidité du son. Le flûtiste devient le porteur de ces fragments de mémoire, tissant une toile sonore où chaque note, chaque souffle, semble prendre vie et s’éteindre dans une éternelle réminiscence.
Toshio Hosokawa — KURODA-BUSHI
KURODA-BUSHI est une œuvre récente de Toshio Hosokawa qui puise son inspiration dans la tradition musicale japonaise tout en s’inscrivant pleinement dans le langage sonore contemporain du compositeur. Le titre de l’œuvre fait référence à un genre de chant populaire japonais, souvent associé à des récits épiques, et qui a ici été réinterprété à travers une vision personnelle et intimiste.
Composée pour flûte alto, l’œuvre explore la richesse timbrale de cet instrument, utilisant des techniques étendues et une palette dynamique variée. Hosokawa, connu pour sa capacité à fusionner l’ancien et le moderne, mêle dans KURODA-BUSHI des éléments de la musique traditionnelle japonaise — en particulier l'utilisation de la respiration et des nuances subtiles de l'intonation — avec des procédés contemporains qui accentuent la fluidité et l'intensité des sons.
Le flûtiste devient ici un conteur, façonnant une musique d’une grande expressivité, où les motifs répétés se transforment et évoluent en une sorte de méditation sonore. L’œuvre crée une atmosphère à la fois contemplative et intense, offrant au public une expérience immersive qui transcende le temps et l’espace, entre la mélancolie de l’ancienne tradition et la modernité de la musique contemporaine.
Pierre Jodlowski
