Ensemble Mêtis
DIALOG I
Une soirée immersive de musique de création réunissant œuvres de musique de chambre, ciné-concert et théâtre musical.
PROGRAMME
Equal and Opposite** (2026) — 9′
Pour voix contre-ténor, violon et violoncelle
Commande de l'Ensemble Mêtis.
New Work* (2026) — 8′
Pour flûte, saxophone, piano, alto, violoncelle et contrebass.
Commission of ensemble Mêtis.
Piano Pieces** (2021) — 10′
Pour piano.
Type Writer** (2026) — 7′
Pour violon.
Five Minutes of Pure Cinema* (2026) — 5′
Œuvre de ciné-concert pour violon, alto et contrebasse.
Musique pour Five Minutes of Pure Cinema (1926) d'Henri Chomette. Œuvre composée dans le cadre de la NIMAcadémie sous la tutelle de Martin Matalon.
COLLAPSE, triptyque (2026)
I. Within** — 10′
II. Texture* — 15′
III. Rise* — 5′
For flûte, saxophone, voix contre-ténor, piano, violon, alto, violoncelle, contrebasse et électronique.
Série COLLAPSE en trois volets.
Commande de l'ensemble Mêtis.
Poéme du premier volet: Claudia Rankine
Texte du deuxième volet: Alireza Farhang
Images: Hugo Arcier
Distribution
Keiko Murakami: flûte
Alberto Chaves: saxophone
Léopold Gilloots-Laforge: contre-ténor
Stefanos Thomopoulos: piano
Violaine Darmon: violon
Yona Zekri: alto
Justine Péré: violoncelle
Noé Constant: contrebasse
Alireza Farhang: clavier
Monica Gil Giraldo: réalisatrice d'informatique musicale
Étienne Haan: direction
Bruno Boulzaguet: mise en scène et conception lumière
Total duration: 69′
* World Premiere
** French Premiere
DIALOG I
Pour sa deuxième édition, le festival NIMFA place au cœur de sa programmation la musique d’écran, envisagée comme un espace de rencontre entre le son, l’image, le mouvement et la scène. Cet axe ne se limite pas à la musique composée pour accompagner un film : il interroge plus largement la manière dont la musique peut prolonger, déplacer ou contredire l’image, mais aussi faire naître chez l’auditeur un véritable « écran intérieur ».
Programme central de cette édition, DIALOG I s’inscrit dans le projet international DIALOG – Across Oceans, porté par l’Ensemble Mêtis. Réunissant des compositrices et compositeurs de générations et d’horizons différents, le concert fait dialoguer musique instrumentale, écriture vocale, électronique, cinéma expérimental et théâtre musical. Il dessine un parcours allant de l’écoute la plus intime à une expérience immersive dans laquelle le son, le texte, l’image, la lumière et l’espace deviennent les composantes d’une même dramaturgie.
Avec Equal and Opposite, Yvette Jackson prolonge sa pratique de l’opéra radiophonique. Sa composition se déploie de manière récursive : une idée est transformée par un processus inscrit à l’intérieur d’un autre processus, lui-même contenu dans une construction plus vaste. L’œuvre ne propose donc pas un récit univoque, mais un espace sonore que chaque auditeur complète en puisant dans ses expériences personnelles, ses souvenirs et ses connaissances. L’écran est ici mental : il se forme dans l’imagination de celui qui écoute.
La nouvelle œuvre de Cyril Molesti explore la construction de vastes « nuages sonores ». Constitués de hauteurs issues de spectres plus ou moins denses, ces nuages se distribuent dans le registre et le temps pour former des structures pointillistes en transformation. L’orchestration relie leurs différents points et les fait apparaître comme des macro-objets fourmillant de gestes. Densité harmonique, filtrage, compression ou dilatation temporelle, anamorphose et énergie instrumentale participent ainsi à la création d’une matière sonore mobile, presque visuelle.
Les Pièces pour piano de Giorgos Koumendakis ouvrent une autre relation à l’image : celle d’un paysage reconstruit par la mémoire. Issues de l’univers de Mediterranean Desert, elles appartiennent à un cycle de vingt-deux pièces inspirées par la flore et la faune méditerranéennes. Plantes, insectes, poissons et oiseaux y deviennent les protagonistes d’une cartographie sonore dans laquelle la nature dépasse sa dimension descriptive pour acquérir une valeur émotionnelle et presque symbolique. Sous les doigts du soliste de l’Ensemble Mêtis, Stéphanos Thomopoulos, le piano fait émerger un paysage intérieur composé de couleurs harmoniques, de strates, de résonances et de souvenirs. L’écriture de Koumendakis y conjugue délicatesse, concentration et cohérence formelle, tout en faisant dialoguer les mémoires de la Méditerranée avec différentes traditions de l’écriture pianistique européenne.
Dans Type Writer, confié au violon seul, Koumendakis poursuit son travail sur la transformation et la mémoire. Le geste instrumental devient porteur d’une adresse secrète, à la manière d’une lettre musicale dont le destinataire demeure hors champ. Répétitions libres et microvariations font progressivement évoluer le matériau, tandis que les traces de la tradition apparaissent non comme des citations, mais comme des réminiscences traversant le présent.
L’écran devient ensuite concret avec une création issues de NIMAcademy, composées sous la tutelle de Martin Matalon : Ji Young accompagne Cinq Minutes de cinéma pur d’Henri Chomette. Dans ces deux ciné-concerts, la musique ne cherche pas simplement à illustrer les images, elle en révèle les rythmes, les contrastes, les matières et les tensions, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de lecture. Le film devient une véritable partition visuelle avec laquelle les musiciens dialoguent en temps réel.
Le concert culmine avec COLLAPSE d’Alireza Farhang, triptyque pour contre-ténor, ensemble, électronique et image. À partir d’un poème de Claudia Rankine dans le premier volet, puis d’un texte de Farhang dans le deuxième, l’œuvre explore ce qui subsiste lorsque le langage commence à se fragmenter. La création visuelle de Hugo Arcier, ainsi que la mise en scène et la lumière de Bruno Boulzaguet, transforment l’espace du concert en un paysage mental où la présence physique du chanteur se confronte à son ombre, à son image et à sa mémoire. Au fil des trois volets, Within, Texture et Rise, les mots se dissolvent progressivement en souffle, en gestes vocaux et en résonances instrumentales.
WORKS
Yvette Jackson
Equal and Opposite** (2026) — 9′
Pour voix contre-ténor, violon et violoncelle.
Commande de l'Ensemble Mêtis.
Equal and Opposite s’inscrit dans la pratique de l’opéra radiophonique de Jackson, où la composition est récursive : une idée transformée par un processus à l’intérieur d’un processus, lui-même à l’intérieur d’un autre processus. Le résultat est une réflexion sonore qui invite l’auditeur à puiser dans ses expériences personnelles et ses connaissances afin de construire le récit.
Cyril Molesti
Nouvelle œuvre* (2026) — 8′
Pour flûte, saxophone, piano, alto, violoncelle et contrebasse..
Commande de l'Ensemble Mêtis.
Ma composition pour l’ensemble Mêtis reprendra quelques idées esquissées dans ma dernière pièce pour ensemble (« Les Nuées ou la disparition de Fomalhaut B) que j’aimerais approfondir, à savoir la construction de grandes phrases formelles mettant en relation des nuages sonores. Ces derniers sont constitués de hauteurs (issues de spectres plus ou moins denses) réparties dans le registre et le temps de manière à former des « nuées » de sons plus ou moins homogènes. Ces structures pointillistes abstraites prennent vie une fois orchestrées (étape déterminante reliant différents « points ») et forment ainsi des macro-objets fourmillants de gestes dont la complexité peut varier. Le contrôle des paramètres au sein d’un nuage tels que la densité et le filtrage harmoniques, la dilatation/compression temporelle, la déformation (anamorphose), le taux d’hétérogénéité des gestes instrumentaux, leur "énergie"… contribuera à construire un discours cohérent, tout autant que les relations inter-nuages (superposition, tuilage, interpolation, contraste…).
Giorgos Koumendakis
Piano Pieces** (2021) — 10′
Pour piano.
Giorgos Koumendakis
Type Writer** (2026) — 7′
For violin.
Dans The Typewriter Tune, pour violon seul, créée au Festival Présences en 2004 par Hae-Sun Kang, Giorgos Koumendakis s’inscrit dans le sillage des créateurs « anonymes » de chants populaires, « réarrangeant ou recomposant des thèmes musicaux traditionnels tout en préservant leur énergie et leur élégance, l’authenticité de leur modèle originel, leur pulsation et leur âme ».
L’œuvre appartient à un cycle plus vaste intitulé Typewriter Tunes, dont chaque pièce s’adresse à un destinataire particulier. Inspirée de la serra, danse guerrière des Grecs pontiques, elle confie au violon le rôle de la lyre pontique et est « adressée » à Iannis Xenakis.
— Yannis Tselikas.
Ji Young
Five Minutes of Pure Cinema* (2026) — 5′
Œuvre de ciné-concert pour violon, viola and double bass.
Musique composée pour le film Cinq minutes de cinéma pur (1926) d’Henri Chomette, dans le cadre de NIMAcademy et sous le mentorat de Martin Matalon.
Alireza Farhang
COLLAPSE, triptyque (2026)
I. Within** — 10′
II. Texture** — 15′
III. Rise** — 5′
Dans COLLAPSE, Alireza Farhang interroge ce qui demeure lorsque le langage ne peut plus contenir l’expérience. L’œuvre prend pour point de départ un poème de Claudia Rankine, tandis que Farhang signe lui-même le texte original du deuxième mouvement. Le contre-ténor, l’ensemble instrumental, l’électronique et les images de Hugo Arcier habitent un même espace théâtral, au sein duquel aucun élément ne se contente d’en accompagner ou d’en illustrer un autre. La voix, les instruments, les images, la mise en scène et la lumière se transforment continuellement les uns les autres, brouillant les frontières entre présence, mémoire et disparition.
L’œuvre se déploie sous la forme d’un triptyque de trente-cinq minutes. Dans Within, l’ensemble au complet apparaît dans une configuration de concert relativement familière. Les mots de Rankine font surgir un monde de chute, de contact, de fracture et d’endurance. Dans Texture, le cadre se resserre. Conçu comme un gros plan plutôt que comme une adaptation du poème de Rankine, le texte de Farhang met en scène un dialogue insaisissable entre une Voix et son Ombre. Accompagné par le saxophone baryton, l’alto et l’électronique, le contre-ténor passe progressivement du chant à la parole, tandis que la dimension visuelle occupe une place croissante. Les mots se fragmentent en répétitions, consonnes, souffles et silences. Le corps lui-même semble devenir instable, évoquant les tensions et les déformations qui traversent la peinture de Francis Bacon. Dans Rise, l’ensemble au complet réapparaît, réparti dans l’espace. Le langage s’efface progressivement, ne laissant subsister que des gestes vocaux, des résonances et le fragile élan de se relever.
La mise en scène et la création lumière de Bruno Boulzaguet font de l’espace de la représentation une composante active de cette transformation. La lumière ne se contente pas d’éclairer les interprètes : elle révèle, isole et efface, modifiant sans cesse les relations entre le corps physique, son image projetée et l’espace qui l’entoure. Au cours du deuxième mouvement, la scène prend progressivement la forme d’une chambre intérieure, entraînant le public dans une rencontre intime et incertaine avec le chanteur. Dans la dernière partie, la répartition spatiale de l’ensemble et les transformations de la lumière réorganisent une nouvelle fois la scène, prolongeant le mouvement irrésolu de l’œuvre entre chute et relèvement.
COLLAPSE ne raconte pas une histoire conventionnelle et ne propose aucun dénouement définitif. L’œuvre retrace une transformation de la perception. À mesure que le texte, le son et l’image perdent leur identité propre, le public cesse d’observer une figure pour partager un état intérieur. Ici, l’effondrement n’est pas seulement synonyme de destruction : il est l’instant où les formes familières se défont et où une autre forme de présence devient perceptible — un souffle, une vibration, un corps qui vacille et pourtant demeure.
